Delevoye, qui sers-tu ?

Déc 10, 20190 commentaires

C’est étonnant mais pour moi l’oubli par omission n’est pas une excuse valable. J’imagine la tête de l’inspecteur des impôts auquel j’expliquerais que je n’ai pas versé, l’année dernière, ma contribution en raison d’un oubli par omission mais que je reconnais que cela n’est pas responsable. Visiblement, il n’y a bien que pour le contribuable lambda et pour les chrétiens que l’omission puisse être un péché.

Car notre cher Haut Commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye a beau faire amende honorable, il ne semble pas beaucoup rongé par sa faute. Samedi dernier, la publication de la déclaration d’intérêt de l’ancien ministre chiraquien, proclamé rédempteur de nos retraites, révélait qu’il avait oublié d’indiquer son poste d’administrateur de l’Institut de la formation de la profession assurance, l’Ifpass, depuis 2016. Personne ne sera dupe du fait que cet Institut est étroitement lié à la Fédération française de l’Assurance et que le monde de l’assurance soit lui, très intéressé par la réforme des retraites, justement initiée par le fameux Jean-Paul Delevoye. L’homme le reconnait « ce n’est pas très responsable ». La fonction aurait été bénévole et il n’y aurait quasiment jamais été car il n’avait pas le temps. D’ailleurs, il ne connaît rien au domaine des assurances.

L’homme démissionne de sa fonction d’administrateur bénévole, effaçant ainsi la faute d’un quelconque conflit d’intérêt. Et voilà, on passe l’éponge… Le ministre des retraites décrète qu’il ne s’agit pas d’un péché par omission mais bien d’un oubli et s’absout lui-même…

Les révélations ça vole en éclats

Mais l’homme aurait dû savoir que les révélations, ça vole toujours en escadrilles…. Et quelques jours plus tard, nous apprenons qu’il est aussi président du think tank Parallaxe, fonction pour laquelle il est payé 5 368, 38 € mensuels depuis 2017. Difficile sur ce coup de plaider l’oubli par omission quand une telle somme tombe tous les mois sur son compte en banque. C’est bien ce que je croyais… prenant mon compte en banque pour référence…. Mais Jean-Paul Delevoye et moi nous ne jouons pas dans la même la même cour : le ministre en charge d’une réforme qui devrait être mue par le principe de la justice sociale cumule son salaire de ministre et ses pensions de retraite. Retraite du régime générale + retraite d’élu local + 10 135 € bruts de salaire de ministre, on peut comprendre que les 5 mille et quelques euros de chez Parallaxe puissent se noyer dans la masse.

Mardi, l’homme démissionne de la présidence du think tank et annonce, dans la foulée, qu’il va lui rembourser les 140 000 € qu’il a perçus depuis son entrée au gouvernement. Et voilà, l’affaire est réglée, l’homme est plus blanc que blanc… Emmanuel Macron et Édouard Philippe conservent leur confiance au Haut Commissaire aux retraites qui n’a pourtant pas respecté la Constitution. Constitution qui proscrit tout cumul de la fonction de membre du gouvernement et de toute activité professionnelle… Jean-Paul Delevoye a enfreint la loi fondamentale mais comme il rembourse tout va bien comme s’il ne s’agissait que d’une vulgaire affaire de sous. Et non d’une affaire d’éthique qui rend le service d’État incompatible avec une carrière personnelle.

S’il semble commun de penser qu’on ne peut servir Dieu et l’argent, pour notre homme politique, servir l’État et son porte-monnaie n’est donc pas incompatible. Il s’en défend et explique aux journalistes du Parisien qu’il a consulté des déontologies pour s’assurer que ses activités personnelles et les fonctions qu’il occupe au gouvernement n’entrent pas en collusion. « Pas de conflit d’intérêt », lui aurait-on répondu. Et voici l’homme qui ne dit pas l’entière vérité lors de sa déclaration d’intérêt, qui s’érige en juge et parti…

La réforme des retraites ne passe pas

La réforme des retraites est une pilule qui ne passe pas. Et l’inquiétude d’un agenda caché est dans tous les esprits qui ne croient pas à une réforme dont la priorité serait la justice sociale mais servirait les intérêts de la grande finance libérale incarnée par les assurances privées et les fonds de pension. Le plus grand fond d’investissement au monde, BlackRock s’est intéressé de près à la loi Pacte, pour la croissance et la transformation de l’entreprise et regarde de très près aussi la réforme des retraites. Ses représentants ont déjà rencontré, à plusieurs reprises, Emmanuel Macron et Jean-Paul Delevoye.

Difficile alors de faire entendre aux Français que la retraite par point se fonde sur la solidarité et la justice sociale et d’éviter que la crise actuelle ne s’enracine dans le climat de défiance à l’égard de nos hommes politiques.

Enfin, j’dis ça ; j’dis rien !

Mais Christifideles laici rappelle à l’article 42 :

« L’exercice du pouvoir politique doit se baser sur l’esprit de service qui, joint à la compétence et à l’efficacité nécessaires, est indispensable pour rendre « transparente » et « propre » l’activité des hommes politiques, comme du reste le peuple l’exige fort justement. Cela requiert la lutte ouverte et la victoire contre certaines tentations, comme le recours à des manœuvres déloyales, au mensonge, le détournement des fonds publics au profit de quelques-uns ou à des fins de « clientélisme », l’usage de procédés équivoques et illicites pour conquérir, maintenir et élargir le pouvoir à tout prix. »

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